Économie

Une famille gaspésienne peut-elle survivre avec 75 $ d’épicerie par semaine?

Par Nelson Sergerie, journaliste, graffici.ca
Marc-Henrick Blanchette et ses filles Lili-Rose, 10 ans, et Marie-Douce, 12 ans, au marché d’alimentation PAM de Murdochville.

Marc-Henrick Blanchette et ses filles Lili-Rose, 10 ans, et Marie-Douce, 12 ans, au marché d’alimentation PAM de Murdochville. Photo : Nelson Sergerie

MURDOCHVILLE, décembre 2018 – Ce n’est pas possible, selon Marc-Henrick Blanchette, père d’une famille de cinq personnes avec sa conjointe et ses trois enfants de 12 ans, 10 ans et 4 ans.  Ce natif et résident de Murdochville  estime qu’il lui en coûte entre 800 $ et 1000 $ par mois pour nourrir sa tribu, soit environ 200 $ par semaine.

La déclaration de l’ancien premier ministre Philippe Couillard, qui affirmait qu’il était possible de nourrir un adulte et deux adolescents avec 75 $ par semaine, a créé une tempête durant la dernière campagne électorale. Même s’il a nuancé ses propos par la suite, il demeure extrêmement difficile, voire impossible de le faire en Gaspésie.

« Il est fou, lance spontanément M. Blanchette lors qu’on lui rappelle les propos de M. Couillard. C’est impossible. Je pense que ça peut se faire, mais il faut être préparé et que tu établisses d’avance ce que tu veux manger et d’après moi, tu ne manges pas à ta faim. Je ne sais pas comment, à cinq, on pourrait y arriver. »

Ainsi, M. Blanchette paie près de 7 $ par personne par jour pour nourrir sa famille. Ce montant est légèrement moindre que le coût minimum d’un régime nutritif de 8,48 $ par personne par jour établi en septembre dernier par le Dispensaire diététique de Montréal. Pour arriver à ce montant, le Dispensaire a composé sa famille d’un homme et d’une femme âgés de 31 à 50 ans, d’un adolescent de 14 à 18 ans et d’une adolescente de 9 à 13 ans. Si on ramène cette donnée à la famille Blanchette, la facture avoisinerait près de 1300 $ par mois.

« On est loin du 300 $ par mois pour manger ! », lance M. Blanchette, soit les 75 $ de M. Couillard multipliés par quatre semaines.

Les collations à l’école

Un premier enjeu est sur la table dès le départ ; les collations des enfants à l’école. Les interdictions d’apporter des produits contenant des arachides et du chocolat et la nécessité d’avoir des produits nutritifs ont un impact sur la facture alimentaire.

La famille Blanchette a besoin de 30 collations par semaine. Le chef de famille évalue à quelque 70 $ par semaine les besoins pour répondre aux exigences de l’école.  Déjà là, l’hypothèse de M. Couillard ne tient plus la route.

Deux autres exemples qui ont un impact rapide sur la facture d’épicerie : la consommation de lait des Blanchette, estimée à 20 $ par semaine.  Autre exemple concret : cuisiner des hamburgers. Pour combler les besoins de la famille, il faut acheter un paquet de bœuf haché familial qui coûtait 18 $ au moment de l’entrevue et ce, sans compter les pains et les condiments pour un seul repas.

« Pour un mois, on parle facilement de 800 $. C’est deux épiceries de 400 $ en partant, sans compter ce qui peut manquer au courant de la semaine.  On parle d’une épicerie normale : des légumes, des fruits, de la viande, du poisson. On ne mange rien d’extravagant », conclut M. Blanchette.

237 $ par semaine

Selon le Dispensaire diététique de Montréal, un régime nutritif coûte 8,48 $ par personne par jour au minimum, soit 237 $ par semaine pour une famille de quatre. Ce nombre a augmenté de 3,4 % au total depuis cinq ans.            

Le ménage moyen consacre 30 % de son budget alimentaire au prêt-à-manger comme les plats préparés, les repas au restaurant, etc. Les chercheurs estiment que d’ici 2035, ce poste pourrait représenter la moitié du budget alimentaire.

Ça augmente…

En 2013, GRAFFICI avait calculé le prix d’un panier-type d’épicerie à divers endroits dans la province. On a refait le même exercice à deux reprises au marché IGA de Gaspé pour mesurer l’inflation au cours des cinq dernières années. Résultat : notre panier-type a augmenté de 34,63 $, soit près de 20 %.

En 2013, ce panier coûtait 142,82 $. En 2015, il avait augmenté à 162,14 $. En 2018, le prix de ce panier atteignait 177,45 $.

À noter : le hausse du prix d’un filet de saumon désossé (1 kg) compte pour près de la moitié de l’augmentation du panier subie entre 2013 et 2018.

Trucs pour économiser

Lorsque vous planifiez votre visite au supermarché, le Dispensaire diététique de Montréal donne ces quelques conseils pour éviter de faire grimper la facture :

Faites un inventaire de votre garde-manger avant de partir;

Planifiez le menu pour la semaine;

Faites une liste précise des aliments à acheter;

Prenez une collation avant d’aller au marché;

Établissez un budget maximum;

Cherchez les aubaines via les circulaires ou les spéciaux du gérant.

 

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