Carnet de parages

TERRA NULLIUS

Par Marie-Christine Bernard, auteure et blogueuse, graffici.ca
Le dernier Roman de Marie-Christine Bernard, Matisiwin, aborde justement  les conséquences de cette politique génocidaire sur les jeunes Autochtones d’aujourd’hui.

Le dernier Roman de Marie-Christine Bernard, Matisiwin, aborde justement les conséquences de cette politique génocidaire sur les jeunes Autochtones d’aujourd’hui. Photo : OFFERTE PAR L'AUTEUR

ALMA, 23 janvier 2016 — Aujourd'hui, je vous propose de la poésie. Ce texte vient de ma lecture du rapport de la commission Vérité Réconciliation. En l'écrivant, j'ai pensé à tous ces enfants, dont ceux de Gesgepegiag, envoyés à Shubenacadie, en Nouvelle-Écosse, jusque dans les années 1970, où ils ont subi les mêmes horreurs que partout au Canada, dans des pensionnats où ils n’apprenaient pas grand choses d’autre qu’à se convaincre qu’ils étaient des moins que rien. Mon dernier Roman, Matisiwin, aborde justement  les conséquences de cette politique génocidaire sur les jeunes Autochtones d’aujourd’hui.

Terra Nullius

Il y a des visages
À tous les carreaux de toutes les fenêtres
Il y a des milliers de carreaux
Des milliers des milliers
De carreaux de verre
Suspendus dans les plaines
Sur les collines
Et sur des îles du nord du monde

Il n’y a plus de bâtisses on les a démolies
On a tenté d’ôter la honte
Du paysage

Mais les carreaux sont restés là
Avec les visages dedans

Des visages et des yeux
Et des petites mains imprimées dans le givre
Des milliers de mains gelées

Tous ces adieux figés
Tous ces cris silencieux tous ces yeux toutes ces mains

Tous ces visages
Tendus vers le jour vers la nuit vers le loin vers le proche vers le chaud vers le frette
Vers le rien
Vers le pas d’espoir pantoute

Juste vers autre chose
Que ce qu’il y avait de l’autre bord
Que ce qu’il y avait dedans

Il y a des visages à tous les carreaux et des carreaux d’un océan à l’autre

Et des voix qui chuchotent
Dans des langues étranglées
Des histoires pas contables

Je les vois les visages
Les joues les sourcils
Les dents de lait les petits mentons mouillés

Menton fourchu bouche cousue nez quinquin joue bouillie joue rôtie un oeil deux oeil sourcillon sourcillette

Cogne cogne la caboche
Cogne cogne
Cogne

Cogne à la fenêtre
Pour qui pourrait venir
Te sortir
De là

Cogne

Cogne
Cogne encore

Peut-être qu’à force de cogner le carreau se brisera
Et que tu pourras sortir

T’envoler

Vaut mieux parfois mourir de froid
Et n’avoir jamais existé

Que ça

-30-

NOTE SUR L’AUTEUR
Marie-Christine Bernard est native de Carleton et habite aujourd'hui à Alma ou elle se dédie à son art, l'écriture, en plus d'y enseigner la littérature au collège de l'endroit.
Primée plusieurs fois pour ses écrits, Marie-Christine Bernard a vu paraître récemment son 9e livre en plus d'avoir contribué à plusieurs oeuvres collectives. Plusieurs de ses romans parlent des amérindiens: Mademoiselle Personne (Mikma’k), Autoportrait au revolver (Abénakis) et tout récemment Matisiwin (juste les Atikamekw), roman qui aborde justement  les conséquences de cette politique génocidaire sur les jeunes Autochtones d’aujourd’hui.

2 commentaires

Dany a écrit le 22 janvier 2016

Merci! Tout simplement, merci!

Yvon Arsenault a écrit le 22 janvier 2016

Que ça porte à réflexion! Il faut que les gens continuent à dénoncer le laxisme des gouvernements. Nous devons maintenir la pression sur les décideurs. N'arrêtons pas d'en parler.

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