Santé, services sociaux et communautaire

FUSIONS : 30 POSTES ABOLIS ET INQUIÉTUDE CHEZ LES EMPLOYÉS

Par Geneviève Gélinas, journaliste, graffici.ca
Le 26 février 2015, une centaine de manifestants avaient dénoncé l’abolition de l’Agence régionale de la santé et des services sociaux, à Gaspé, qui permettait à la Gaspésie de faire reconnaître ses spécificités par Québec.

Le 26 février 2015, une centaine de manifestants avaient dénoncé l’abolition de l’Agence régionale de la santé et des services sociaux, à Gaspé, qui permettait à la Gaspésie de faire reconnaître ses spécificités par Québec. Photo : Geneviève Gélinas

GASPÉ, avril 2015 – Les employés de la santé et des services sociaux vivent de l’inquiétude et de l’incertitude, trois semaines après la fusion de leurs établissements. À l’ancienne Agence de la Santé, abolie, et à la Direction de santé publique, dont le budget est réduit de 30 %, le découragement se fait particulièrement sentir.

Le 1er avril, les quatre centres de santé et de services sociaux (CSSS) gaspésiens, le Centre Jeunesse et le Centre de réadaptation ont été fusionnés sous le vocable de Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Gaspésie, qui chapeaute 3600 employés sur toute la péninsule.

À l’Agence régionale de la santé et des services sociaux, basée à Gaspé et abolie, le répondeur souhaite maintenant la bienvenue au CISSS. Plusieurs employés confient que l’atmosphère de travail est déprimante. Ils préfèrent ne pas être interviewés par GRAFFICI. Même si la plupart des employés ont la sécurité d’emploi, ils ne savent pas à quel poste ils seront affectés et certains craignent des conséquences s’ils s’expriment.

L’ambiance est « très mauvaise », confirme Jean Paquette, premier vice-président du Syndicat des techniciens et professionnels de la santé et des services sociaux du Québec, qui représentait les travailleurs de l’Agence jusqu’au 31 mars.

« Les gens ont été tablettés. Ils attendent des directives, rapporte M. Paquette. Ils se demandent ce qu’on va leur confier comme tâche et s’ils seront capables de l’accomplir. Les APPR [agents de planification, de programmation et de recherche de l’Agence] ont développé des expertises très précises. Ils ne sont pas interchangeables. Certains travaillent sur des dossiers comme les femmes violentées ou les personnes âgées depuis 10, 15 ou 20 ans. On comprend que certains dossiers seront maintenant assumés à partir de Québec. »

« C’est extrêmement insécurisant et inquiétant [pour les employés], ajoute M. Paquette. Et c’est comme si le travail qu’ils faisaient depuis des années n’était plus important. »
La direction du CISSS a indiqué aux employés qu’on essaiera de respecter le lieu de résidence des employés de l’Agence, soit Gaspé et les alentours. Un déménagement ailleurs en Gaspésie n’est toutefois pas exclu.

30 postes abolis

La Direction de santé publique, aussi basée à Gaspé, subit des coupes de 660 000 $, soit 30 % du budget. Il faudra abolir cinq postes sur les 35 environ que compte cet organisme, confirme Chantal Duguay, la présidente-directrice générale du CISSS. « On espère y aller par attrition, avec des départs à la retraite ou à la semi-retraite », dit-elle.

Les anciens établissements comptaient au total 167 cadres supérieurs et intermédiaires; le ministère de la Santé impose une diminution à 142, donc la fin de 25 postes. À terme, considérant le salaire moyen de ces cadres, la perte en salaires se chiffrera à 2 M$ annuellement pour la Gaspésie.

Sylvain Cormier, 55 ans, est l’un des cadres dont le poste est aboli. Jusqu’au 31 mars, il était chef de service à la direction des services administratifs du Centre jeunesse (CJ) Gaspésie/Les Îles, où il travaille depuis 33 ans. Il s’occupait notamment des bâtiments, des transports, des services alimentaires, de l’hygiène et des plans de mesures d’urgence.

M. Cormier travaillera au CJ pendant neuf à douze mois encore. Puis il partira en pré-retraite pour une année : « je serai payé au même salaire, avec les mêmes avantages, pour être chez moi », explique-t-il. Il prendra sa retraite officielle au début de 2017.

« Mon histoire est heureuse à comparer à d’autres », insiste M. Cormier. Certains cadres dont le poste est aboli sont loin d’une fin de carrière, souligne-t-il. « La centralisation des services [au CISSS] a un coût, ajoute M. Cormier. Au plan humain, des gens vont perdre leur travail. Et il y aura une perte d’expertise. »

« Sur le plancher, avec les jeunes, ça [la fusion] ne nous touche pas », indique Mario Curadeau, vice-président du syndicat CSQ pour le Centre jeunesse à Gaspé. Mais pour ce qui est de l’encadrement, « on est dans le néant », dit-il. Le CJ compte une seule chef pour les aspects clinique et technique de ses trois unités de Gaspé, la Vigie, la Rade et le Rivage, ce qui allonge les délais de décision. « Jusqu’à il y a deux ans, on avait un chef par unité, dit M. Curadeau. Quand on avait un besoin, une demande ou une question, on avait une réponse tout de suite. »

Des dizaines d’administrateurs bénévoles des anciennes entités ont aussi terminé leur engagement le 31 mars. Robert Nicolas, ancien président du Centre Jeunesse Gaspésie/Les Îles, ne remet pas en question la fusion, mais « la rapidité avec laquelle ça s’est fait. Comme administrateurs, on a essayé de faciliter la transition, mais il reste une inquiétude, un questionnement. On espère qu’il n’y aura pas de ratés au début. »

Compressions à venir?

« Il y a beaucoup d’inquiétude et d’incertitude [chez les employés], dit Michel Cyr, vice-président pour la Gaspésie et les Îles de la Fédération de la santé et des services sociaux-CSN. Quand on essaie de savoir comment ça va fonctionner, on n’a pas de réponse. Les réorganisations finissent toujours par des abolitions de postes. »

Déjà, le centre de santé de Gaspé a commencé à abolir sept à neuf postes de préposés aux bénéficiaires, rapporte M. Cyr. « Un poste aboli, c’est un jeune qui part travailler en ville », se désole-t-il.

Plusieurs établissements fusionnés avaient des déficits, souligne M. Cyr. Il craint que la fusion coïncide avec des coupes pour revenir à l’équilibre budgétaire. « On ne voit que la pointe de l’iceberg », dit-il.

Le président du Conseil central CSN de la Gaspésie, Jacques Mimeault, estime qu’à terme, les services aux citoyens seront affectés. « On le voit déjà dans les services à domicile. Nos membres nous disent qu’ils font ce qu’ils peuvent avec les moyens qu’ils ont, mais qu’ils ne peuvent pas faire leur travail à la perfection. Du monde qui part en vacances n’est pas remplacé, on coupe des bains.»

« Tout continue », selon la PDG

« L’incertitude, je peux la comprendre, mais tout continue, réagit Chantal Duguay, présidente-directrice générale du CISSS. [Pour l’instant], les directeurs généraux continuent dans les mêmes fonctions. Il n’y a pas de rupture dans nos établissements. »

En parallèle, les nouveaux gestionnaires sont nommés et des entrevues se poursuivent pour combler les postes de direction. Ces cadres devraient être en place à la fin avril, dit Mme Duguay.
En 2014-2015, le déficit total des établissements fusionnés atteignait 8,5 M$, indique Mme Duguay. « On a l’objectif de l’équilibre financier, confirme-t-elle, mais on n’a pas reçu nos budgets. »

Les postes abolis « ne sont pas des gens qui donnent un service à la clientèle et on va tout faire pour les replacer », dit Mme Duguay. « Il n’y a pas d’abolitions de postes du côté du service à la clientèle », insiste-t-elle.

Même si le siège social du CISSS est à Gaspé, les cadres seront éparpillés sur le territoire et leurs équipes aussi, explique Mme Duguay. « Dans tous les territoires, il y aura présence de l’encadrement supérieur […]. On est en train de mettre en place une équipe de direction éclatée. Et ces gens-là auront une responsabilité locale. »

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2 commentaires

Lauryne SUEUR a écrit le 7 décembre 2018

Fin année 2018

Lauryne SUEUR a écrit le 7 décembre 2018

Fin année 2018

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